J’ai adoré Les Passeurs de Livres de Deraya de Delphine Minoui.
Quand j’ai lu le programme de Créteil en Poche j’ai choisi la rencontre avec Delphine Minouiet Stéphanie Pérez deux journalistes présentant des ouvrages de la même veine, retour de reportages dans des zones de guerre, romans imaginés à partir de rencontres. Delphine Minouia présenté Badjens sans trop en dire. Ce qui a excité ma curiosité.
Badjens seize ans en 2022 quand la mort de Mahsa Amini a déclenché le mouvement Femme, Vie, Liberté. Badjens, veut dire « insolente, effrontée, mauvais genre ». c’est un surnom affectueux que sa mère lui a donné. Mauvais genre, parlons-en, si genre désigne le masculin/féminin, naître fille est vraiment naître dans le mauvais genre. D’ailleurs, Badjens n’aurait pas du naître du tout, dès l’échographie de sa mère, elle n’était pas bienvenue.
« Je me suis reprogrammée. Il y aura un dedans et un dehors. La vie imposée et la mienne. »
Badjens raconte l’enfance et l’adolescence d’une jeune fille voilée à l’école et dans l’espace extérieur mais terriblement moderne à la maison. Elle cherche des contacts sur Internet, sait jongler avec les VPN, se maquille et a même une vocation de tatoueuse. On n’imagine pas comme la contrainte aiguise l’imagination et l’habileté de celles qui cherchent la liberté.
Si notre génération n’a aucun pouvoir, elle a au moins l’esprit de contradiction.
On pense bien sûr à Persépolis (2003) et à Femme, Vie, Liberté de Marjane Satrapi CLIC . Badjens est un roman de lecture agréable qui se lit très bien. Et sous les missiles et bombes, n’oublions pas les jeunes filles et les femmes iraniennes qui subissent une double oppression!
Après avoir acheté 1 kg de moules au Port du Bonhomme,nous regagnons la route principale pour acheter du sel. La Bonne Pogne a un vaste parking un peu à l’écart de la route avec une petite boutique dans l’ancienne salorge ou je prends un kilo de gros sel et deux petits sacs de sel aromatisé »piccolo » aux saveurs italiennes.
Cabane à sel et girouette
16 heures, visite commentée de la saline. Ce n’est pas ma première visite de marais salants emais à chaque occasion j’apprends quelque chose de nouveau. Le vocabulaire m’enchante. A Noirmoutier les travailleurs du sel sont des sauniers, paludiersà Guérande.
le circuit du sel dans le marais
Notre guide présente les outils du saunier : l’ételleest une raclette à long manche. Elle sert à râcler l’argile au fond des œillets(bassins rectangulaires) et à entretenir les petites levées d’argile sur lesquelles il se déplacera quand il nettoie le marais salant pendant l’hiver . L’ételle sert également à décoller la couche de sel déposée au fond. Chaque œillet possède une petite plateforme en demi-lune sur laquelle on accumulera le sel très blanc, presque une pyramide blanche.
Avec sa brouette, le saunier transfère le sel sur un grand tas sur une bâche plastique qui s’appelle le mulon. Autrefois, le sel était stocké dans la Salorge
La lousse perforée de trous est utilisée pour la récolte de fleur de selqui cristallise en surface si le temps est ensoleillé et venteux. La fleur de sel requiet des conditions météos particulières. On la dépose sur des plaquettes rectangulaires de bois où elle sèche. La fleur de sel n’a pas toujours eu un intérêt économique pour les sauniers. C’est seulement récemment qu’un grand cuisinier l’a mise à la mode comme exhauster de goût. Elle serait aussi riche en calcium, magnésium, et potassium.
Encore un vocable mystérieux : la Loire(rien à voir avec le fleuve). C’est le bassin qui garde l’eau de mer avant qu’elle n’effectue son circuit dans la saline. L’eau vient par l’étierqui n’est pas une rivière naturelle mais un canal creusé par la main des hommes. L’étier est tellement tortueux que je l’avais imaginé naturel.
En 2023, on fête le cent-cinquantenaire de la mort de George Sand(8 juin 1876). De nombreux podcasts sur RadioFranceont accompagné mes promenades : George Sand, l’âme musicienne ICI m’a enchantée. George Sand et Chopin est un épisode connu, mais ce n’est pas la seule référence à la musique. Dès son enfance, sa grand-mère l’a initiée à la musique, elle a noué des liens d’amitié avec Liszt et Marie d’Agoult, ainsi qu’avec Pauline Viardot. La saga de France Musique comprend 7 épisodes d’une heure environ, 7 heures de plaisir d’écoute.
Les plages de la Guérinière sont associées à Agnès Varda. Peut être à cause de l’exposition visitée au Musée de la Guérinière. CLIC
Voiture garée à La Plage de la Cour. Marée descendante, la plage est déjà dégagée avec quelques baigneurs. Un bateau de pêche se balance non loin. Le sentier côtier passe dans la dune entre des ganivelles et les jardins fleuris des maisons basses blanches aux volets bleus tapies dans une végétation verdoyante.
la Guérinière maisons et yuccas
Je marche ensuite sur une corniche pavée puis cimentée, marche plus facile que sur le sable sec. J’avance à grands pas et dépasse la Cale des Perles (la plage de mes baignades à notre séjour précédent).
Travaux sur la digue
Juste après les trois bunkers un énorme pelleteuse orange s’attaque à la corniche. Une tempête hivernale a fait une brèche. On colmate, on protège, on cimente. Cela ne fait pas mon affaire, je sui rejetée sur la route. La D95 est passante, j’ai hâte de retrouver la corniche en passant par la Rue de la mer : la digue surplombe la plage. Elle a été rénovée, consolidée. Les propriétaires des maisons s’abritent derrière de hautes vitres ou des murs de pierre de 2 m de haut. Cela sert à quoi d’avoir une maison « avec vue sur mer » si on est forcé de se cacher derrière un si haut mur ? Après le parking de la Plage de la Coquette (ignorée par le GPS, c’est dommage j’aurais voulu que Dominique m’y rejoigne) le sentier quitte le bord de mer privatisé par un club de vacances qui a même colonisé la plage et le passage du sentier côtier. Le chemin longe un terrain clos par une palissade de genêts et bruyères, s’engage dans le Bois des Eloux : magnifique pinède sur des dunes assez hautes. Il faut bine surveiller les balises jaunes car le sentier fait des détours avant de nous conduire au sommet. Je goûte énormément la balade en forêt ombragée à l’heure de midi quand le soleil commence à taper.
De retour à la plage de la Guérinière je découvre les parcs à huitres avec de gros tracteurs qui s’activent au loin. Il y a aussi tout le peuple des pêcheurs à pied avec leurs outils, longues fourches à 4 dents, bâtons à crochets, pics pour décrocher les huitres.
J’ai trouvé au marché de délicieuse « mérines » (terrines de poisson) et des pêches parfumées et juteuses.
La Coréeest à l’honneur cette année après deux expositions à Guimet. Si Shin Sung Hy est un plasticien coréen, né en Corée (1948), il s’est installé en France dès 1980 et s’est beaucoup inspiré de Supports/Surfaces des années 1969-1971. Sa démarche est la mise en question de la peinture, par déconstruction, trompe-l’oeil et collages. La peinture devient son propre objet. Cela m’a fait aussi penser à l’exposition de Morellet visitée ce printemps à Pompidou-Metz.
Cette déconstruction commence avec des tableaux de jute. Une toile de jute est peinte à l’endroit en représentant l’envers = le chassis, une autre présente des rangées de petits points colorés, ce qui ne m’a pas spécialement passionnée.
collages sur plexiglas (1984)
Une autre déconstruction consiste à peindre à l’acrylique sur du carton et déchirer de petits fragments et les recoller sur un autre support, autre carton ou plexiglas. Les collages sur pléxiglas ont de l’allure avec l’ombre portée à l’arrière et forment un ensemble assez séduisant.
Beaucoup moins séduisants : des bandelettes collées à une moitié de chassis, ou même un T-shirt peinturé suspendu qui devient lui-m^me toile.
la salle suivante est nommée Retour à la peinture, des couleurs gaies : rose orange, rouge sur un fond clair , pas plus convainquant à mon avis.
Couturages (début des années 90)
La démarche suivante est de découper des bandelettes et de les piquer à la machine sur du caraton afin de réaliser des tableaux avec des rayures en relief.
Autoportrait
les Autoportraitsm’ont bien plu : au centre, un miroir est entouré par des bandelettes nouées en relief, des pinceaux complètent l’autoportrait du peintre
peinture Spatiale : nouages
j’ai bien aimé les nouages de bandelettes peintes de 1 à 2 cm formant des réseaux en relief
Nouage vu de près
Comme cette exposition n’occupe que 3 salles assez petites, j’ai poursuivi ma visite de Cernuschi par les collections permanentesqui m’enchantent toujours. Les personnages d’argiles, comme des tanagras figurent des cavaliers, des musiciens (musiciennes), des figures du calendrier chinois ou des soldats ou ouvriers et même des maquettes de maisons.
Hâm Nghi : autoportrait
Deux expositions temporaires sont appelées l‘Eté Vietnamien avec des brûle-parfumsmétalliques de très belle facture. Une salle est consacrée à l’empereur en exil Hâm Nghi(1871 Hué – 1944 Alger); emperreur fugitif traqué par les militaires français (1885) porte drapeau de la résistance anti-coloniale puis exilé à 18 ans à Alger .Il se réfugie alors dans l’étude et la peinture qu’il a pratiqué pendant ans. De beaux pastels sont exposés mais sous verre avec des reflets bien gênants pour les photographier.
Leandro Erlich né en 1973 à Buenos Aires est un artiste contemporain argentin. Il a représenté l’Argentine en 2001 à la Biennale de Venise avec La Piscine, et exposé diverses installations aussi bien au Japon, au Brésil, à Paris….Le Grand Palais lui consacre une rétrospective.
Des couloirs noirs, murs noirs. Seulement une flèche à suivre dans l’obscurité conduisent à un port. On entend le clapotis de l’eau, on voit les reflets, mais on est saisi d’un doute. A-t-on vraiment construit un port avec un bassin au premier étage du Grand Palais? Toute l’oeuvre de Leandro Erlichest construite sur le doute du spectateur. Il y a sûrement un truc, mais lequel?
Infinite staircase
Comme la surprise du visiteur fait partie du plaisir de la visite, je me garderai bien d’analyser chaque installation, de déflorer le mystère . Leandro Erlich a une formation d’architecte et prépare chaque installation avec des maquette. La plus grande salle de l’exposition du Grand Palais présente ces maquettes. Elles sont particulièrement jolies et font le bonheur des enfants. Surtout emmenez les enfants avec vous. Ceux qui étaient présents etaient ravis et surtout s’intéressaient beaucoup à tous les détails.
la maison fond (2015)
L’espace est un doute, j’ai sans cesse besoin de le marquer
Noa Eshkol est née au kibboutz Degania en 1924 – Holon 2007.
Affiche Chamber Danse group
Danseuse, chorégraphe, elle fonde en 1954 leChamber Dance Quartet avec des compositions dansées sans musiques rythmées seulement par una métronome. Une vidéo captée à Holon 1960 est projetée dans la salle d’entrée. Le tic-tac du métronome, la danse accueillent le visiteur entre des tentures suspendues ou plaquées au mur
A big kolo
La tenture, A big Kolo représente une danse, une danse balkanique qui se danse en rond comme la Hora.
ECRIRE LE MOUVEMENT
mouvement complexe bras jambe
Avec Wachman, Noa Eshkol met au point un système de notation chorégraphique très précis selon les segments du corps avec des sphères
Par delà l’aspect décoratif, très esthétique, un autre intérêt de l’exposition se trouve dans la projection de Décade , comémoration du Soulèvement du Ghetto de Varsovie au Kibboutz Lohamei Ha Getaot, spectacle dansé en extérieur devant l’aqueduc romain.
Cette chorégraphie a inspiré Yael Bartana pour son film The Undertaker (2019)projeté au milieu de l’exposition.Cette installation sonore de 13 minutes montre une cérémonie, une sorte de procession dansée à Philadelphie, manifestation avec une banderole « Bury your weapons not our bodies » spectacle très impressionnant qui se termine dans le cimetière sous la surveillance de personnages costumés à l’époque de la guerre d’Indépendance. CLIC
1973 Guerre de Kippour : « il n’est plus temps de danser »
Yom Kippur (mourning) 1983
La chorégraphe arrête la danse et commence une nouvelle création textile. De nombreuses tapisseries font référence au deuil comme Yom Kippur in memoriam of DanSapir ou Skud- the Gulf war (homage to Moshe Kupferman)
Skud – La Guerre du Golfe – Homage to Moshe Kupferman
Mais toutes les teintures ne sont pas si violentes ou si tristes. Souvent elles évoquent des paysages, la mer ou des collines
la mer de la Reine de Saba
Dans ces patch-word ou quilt Noa Eshkol se tissent des symboles :
En hébreu, les verbes coudre (tefira) et guérir(terufa) partagent une racine commune. Ainsi on peut interpréter la production de ces carpets cousus comme un acte de résilience…
Les seules règles que je mesuis imposées : ne pas acheter de tissu, n’utiliser que des chutes, des chiffons ou des vêtemnts usagés qui me tombent plus ou moins par hasard entre les mains. je m’impose aussi de ne pas couper le tissu, mais uniquement de découdre des pièces cousues
Et pour revenir à la danse ce magnifique paon, motif aussi de chorégraphie
j’ai été bluffée par l’Exposition Lee Miller au Musée d’Art Moderne, par ses photos, bien sûr et surtout par sa personnalité extraordinaire. Cette exposition faisait revivre le Paris de Montparnasse,les surréalistes, les vacances sur la Côte d’Azur autour de Man Ray, Picasso, Paul Eluard…mais aussi, l’Egypte, la Roumanie. Et enfin : la photoreporter de guerre, du Blitz de Londres, et à la suite des troupes alliées, le siège de Saint Malo, la Libération de Paris, et enfin le témoignage poignant des photos des camps…
Comme j’aime bien approfondir, j’ai trouvé parmi les podcasts de Radio France CLICoù intervient son fils Anthony Penrose, gardien de ses archives. Cette série est passionnante.
Quand j’ai trouvé le titreLes chambres noires de Lee Miller sur le blog de MatatouneCLICj’ai téléchargé le livre, impatience de retrouver cette femme exceptionnelle et tout son environnement aussi extraodinaire.
La première partie : (1922-1943) retrace sa vie parisienne avec Man Ray, d’abord, son apprentissage de la photographie puis ses fréquentation avec Picasso, Eluard et Nusch, Max Ernst et Leaonora Carrington. Son mariage égyptien puis après sa rencontre avec Roland Penrose leurs voyages et les reportages ethnographiques en Roumanie. Et enfin leur installation en Angleterre sous les bombardements nazis.
Histoire passionnante mais très bien documentée dans l’exposition. La complaisance vis à vis des moeurs de l’époque m’a un peu agacée : comment peut on encore écrire que « Paul Eluard offre Nusch à ses amis » au XXIème siècle, la position des « muses » de Picasso n’est pas plus enviable. J’aurais aimé un peu plus de réserve de la part de la biographe qui transcrit l’esprit de l’époque sans aucune critique. Bien heureuse insouciance ou machisme décomplexé? Le livre n’apporte pas grand chose que je ne connaissais pas déjà.
La deuxième partie : La route des ténébres (1944-1947) est passionnante. J’avais besoin d’explications sur les reportages sur les femmes britaniques photographiées puis sur la métamorphose de Lee en grand reporter de guerre, photos et écrits. La fameuse photo dans la baignoire d’Hitler se comprend mieux avec cet accompagnement. La suite des reportages en Autriche, Hongrie et Roumanie avec la fin de la guerre m’a beaucoup intéressée.
La troisième partie : Vers la chambre claire (1947-1977)
montre la dernière partie de la vie de Lee Miller, maternité, dépression post-traumatique et sa renaissance comme cuisinière gastronomique est très bien racontée dans le podcast par son fils. C’est plutôt le travail de galeriste, organisateur d’expositions majeures et biographe de Picasso de Roland Penrose qui a retenu mon attention.
En conclusion, ce livre est une honnête biographie, mais je conseillerais plutôt d’écouter le podcast.
Merci à Claudialucia d’avoir fait voyager ce livre pour une lecture commune CLIC
Je viens de terminer Middlemarchaprès Le Moulin sur la Floss,Adam Bede, Felix Holt le radicalet Silas Marner maintenant que je connais un peu l’oeuvre, je suis curieuse de m’intéresser à l’écrivaine, sa vie, ses amours.
Comme la mention « roman » l’indique, ce n’est pas une biographie littéraire ni même une biographie complète que Kathy O’Shaughnessya écrite. Sans s’intéresser aux années d’enfance, d’études ou au début de sa carrière comme journaliste et critique, le livre s’ouvre en juillet 1854 (elle a 35 ans) quand Marian Evans se met en ménage avec George Leweslui-même marié et père de famille et qu’elle prétend se faire reconnaître comme Mrs Lewes.
Le couple quitte l’Angleterre pour vivre leur amour loin des conventions sociales londoniennes, des commérages et surtout du rejet de la bonne société qui tolère les liaisons extra-mariages de George Lewes mais pas celle de Marian, véritable paria de la vie sociale. Rejettée par les femmes de la bonne société, sa famille et son frère adoré Isaac comme de ses amies de toujours.
Quand ils quittent l’Angleterre, Marian Evans est connue comme critique mais pas encore célèbre comme écrivain. Elle a écrit La conversion de Jeanne. C’est la sortie de Adam Bedepuis de Middlemarch sous le pseudonyme de George Eliot qui va lui apporter le succès (et la richesse). Contrairement à George Sand qui s’affiche avec pantalons et cigares, et dont le pseudonyme est vite éventé, au contraire George Eliot se revendique Mrs Lewes et ne mettra dans le secret de la signature que très peu d’intimes, son éditeur, bien sûr, Spencer (qui sera indiscret) et quelques amies qui aurau ont deviné le genre de l’autrice. Elle pense que de lever le secret nuirait au succès et laisse planer des incertitudes. Un imposteur s’est même déclaré avoir écrit les livres. J’ai bien accroché aux premières parties de Une passion pour George Eliot
Malheureusement une autre histoire s’intercale dans l’histoire de George Eliot : la narratrice est une universitaire spécialiste de George Eliot, organisant des cours et même un congrès à Venise sur l’autrice. Une histoire assez glauque se mêle à celle de la Passion pour George Eliot. je me serais franchement passé des histoires d’amour mettant en scène les professeurs. la balade à Venise n’est pas désagréable. Etait-ce bien nécessaire?
La suite concernant Marian Evans et George Lewes se déroule en Angleterre, George Eliot est maintenant une auteure à succès reconnue. Leur vie se déroule dans de belles maisons, ils reçoivent, leur amour est parfait jusqu’à ce que le fils de Lewes revienne malade d’Afrique, assombrissant leur quotidien, puis que Lewes lui-même meure….
Et! surprise Marian contracte un mariage tout à fait officiel à l’église avec un ami de longue date du couple Lewes, un très jeune homme, très séduisant. Mariage à l’église, voyage de noces….Ce dernier mariage me fait penser à l’épilogue de Middlemarch qui se terminait par des mariages heureux avec des enfants. Pas d’ enfants pour George Eliot qui a 60 ans passés! Mais surtout un échec cuisant.
Bien sûr, je suis curieuse de la vie de mes écrivains préférés, surtout des conditions qui ont présidé à la rédaction de leurs chefs d’oeuvre. Dans le cas du livre de O’Shaughnessy,trop de romance, pas assez de littérature. je reviendrai au livre de Mona Ozouf : L’autre George mais pas à Une passion
Sallertaine : maisons vendéennes et roses trémières
Sallertaine est situé à une quinzaine de kilomètres du Gois après avoir traversé Beauvoir-sur-mer. Sallertaine a reçu le label Ville des Métiers d’Art : une trentaine d’artisans et artistes ont installé ateliers et boutiques. Le village est très fleuri et décoré. Les poteaux indicateurs sont remplacés par de vieux vélos peints de couleur vive : orange, rose, violine et portent les écriteaux touristiques.
Sallertaine : église romane
Le village possède deux églises : la plus ancienne romane (1080) appartenait à un prieuré bénédictin qui a joué un rôle important en asséchant les marais et drainer de nouvelles terres agricoles. Elle fut agrandie en 1173 puis au XIVème siècle. Au XVIIème siècle les peintures murales sont badigeonnées de chaux, quatre baies sont agrandies. Au XVIIIème siècle 3 retables sont ajoutés. A la Révolution, l’église sert d’entrepôt.
Le culte est transféré à la grande église construite en 1910.
L’église romane sert de galerie d’exposition. J’ai été plus intéressée par l’art roman que par la peinture exposée. J’étais un peu gênée vis-à-vis de l’artiste qui cherchait à engager la conversation avec les visiteurs.
Sallertaine église romane : coupole
La coupole est remarquable, très haute. Le dépliant qualifiée l’architecture de style Plantagenêt. Les chapiteaux en calcaire très blanc sont d’une grande simplicité. Le porche roman très simple est orné de cordages et de tresses.
Les petites venelles sont bordées de maisons vendéennes blanches fleuries de roses trémières et de roses roses.
En quête de pain (le seul boulanger est en vacances) je trouve seulement une épicerie. Les restaurants sont bien tentants mais complets. Contrairement aux villages environnants où les boutiques ont disparu des centre-bourgs, à Sallertaine, on peut faire du lèche-vitrine chez la céramiste, la couturière qui propose de jolies robes fleuries, ou dans la maroquinerie….
Le Jardin de Vaulieu
Sallertaine : le jardin dans l’ancienne carrière
En centre-bourg, ce jardin a été aménagé dans une ancienne carrière. Occasion d’un peu de géologie. La Pierre de Sallertaine est un calcaire Eocène(Lutétien) gréseux, fossilifère (gastéropodes et foraminifères) . On peu déduire de la stratification que le sédiment s’est déposé dans un milieu marin agité et trouver le sens du courant de dépôt. Ce jardin est très fleuri. Des espaces ont été aménagés pour des ateliers et des animations, on peut également pratiquer le canoë-kayak.
Au hasard de ma visite, j’entre dans la boutique d’une céramiste Terre d’ âmes. >la potière est très aimable. Son travail est d’une grande finesse ; Elle propose également des stages de cuisson raku hors saison, deux séances espacées d’une semaine.
Moulin de Rairé
Le Moulin de Rairé avec ses ailes de bois
Il est déjà 13 heures, 34°C au thermomètre. La chaleur est accablante et je dois arrêter mon exploration des ateliers d’artisans. Nous pique-niquons dans le parking herbu et ombragé du Moulin de Rairé qui se trouve à 2.8 km de Sallertaine. Isolé dans le marais. Le moulin est accompagné de plusieurs bâtiments avec des expositions et même un alignement de menhirs.
La visite commence à 14 heures.
En introduction, une vidéo raconte la dernière révision du moulin. Construit en 1555, il y a près de 500 ans, il n’a pas cessé de moudre de la farine. Seul changement notable : en 1864 on a remplacé les voiles par des ailes de bois réglables, un peu comme des éventails. De temps en temps, il faut remplacer certaines pièces qui s’usent. La prochaine révision est prévue dans 60 ans ! A l’occasion de cette vidéo, j’apprends un nouveau mot Amoulangeur qui désigne le charpentier de moulins. La machinerie d’un moulin à vent est hautement sophistiquée. Le meunier du moulin de Rairé qui est également amoulangeur, vient à notre rencontre et nous invite à grimper au premier étage.
Moullin de Rairé :Engrenages
Ses premiers mots : « il n’y a pas de vent, aujourd’hui, le moulin est à l’arrêt » . pas de moteur au Moulin de Rairé, la seule force motrice est le vent qui détermine tout. A l’extérieur les nombreuses girouettes indiquent la direction du vent. Il y en a même à l’intérieur du moulin : de petites plaquettes de bois.
« Veiller au grain » est une expression courante semblant venir de la meunerie, mais surtout du domaine maritime ou le grain est une tempête violente imprévisible.
Le grain est moulu entre deux meules de pierre dont un est fixe et l’autre mobile. Les meules sont en silex de La Ferté-sous-Jouarre, de la meilleure qualité.
Nous découvrons les engrenages. La plupart sont en bois. Les dents sont en bois de cormier, arbre devenu rare depuis que le remembrement a fait disparaître les haies. Certaines pièces sont métalliques. L’association bois/métal confère de la souplesse au mouvement. En plus des mécanismes moteurs des meules, de nombreuses pièces améliorent le travail du meunier comme le régulateur qui assure la régularité du mouvement qui peut prévenir le meunier si les ailes s’emballent « meunier tu dors, ton moulin va trop vite ! » .
Le meunier du moulin de Rairé
Autrefois le grain était moulu en permanence, de jour comme de nuit. Maintenant le moulin ne tourne plus que le jour. Sa production est minime : un quintal par jour, alors que les minoteries industrielles fabriquent des tonnes et des tonnes. C’est un rendement d’un autre temps : du temps où il n’y avait pas de routes dans le marais et qu’il fallait deux heures pour rejoindre Sallertaine en barque par les canaux.
Le moulin est plutôt un monument patrimonial qu’il convient de garder vivant comme témoignage historique. Tant de générations se sont succédées et le meunier est très fier de nous dire que la relève est assurée : son fils ! La production du moulin est commercialisée : des farines d’agriculture biologique moulues artisanalement sont vendues ; elles ne se conservent pas forcément, il est conseillé de les congeler.
Le travail le plus pénible serait d’acheminer des sacs de 100 kg de grain. Le problème est résolu par un système de chaînes, de sangles et de poulies. Les trappes s’ouvrent toutes seules à la montée. Le grain s’ »enfourne dans la trémie d’alimentation. Sophistiqué et délicat : un simple geste permet de faire tourner le tout pour présenter les ailes au vent ;
Pour terminer la visite : une belle crêpe cuite sous mes yeux.
Il y aurait beaucoup à voir dans les expositions des bâtiments annexes mais il fait très très chaud, 34°C et beaucoup plus dans la voiture, nous préférons écourter ;