George Condo- musée d’Art Moderne de Paris

Exposition temporaire jusqu’au 8 février

Condo – double heads on red

Condo né à Concord  en 1957 est le contemporain de Keith Haring (1958 -1990) et de Basquiat (1960- 1988), il a également travaillé à la Factory de Andy Warhol et bassiste dans un groupe punk. 

The Actress (2018)

Cependant, sa production est très riche et surtout très variée. De salle en salle dans l’exposition du MAM le visiteur découvre des facettes de son œuvre.

la première salle Le côté obscur de l’humanité nous introduit dans un univers étrange de couleurs violentes où des visages effrayants sont décomposés un peu à la manière cubiste, yeux globuleux exorbités, cheveux hérissés, dents carnassières qui semblent appartenir à un crâne plutôt qu’à un visage

three armed man

Tous ces personnages semblent crier.

The Fallen butler

Mon préféré est le Fallen Butler. 

Après avoir grimpé une volée de marches, on parvient dans une salle très claire où l’ambiance est tout à fait différente : celle du Réalisme Artificiel 

The portable Artist 1984

Plusieurs tableaux jouent sur les lettres de CONDO, l’un d’eux Self Creator joue comme un rébus. A la manière de Chirico le visage est anonymisé, sans yeux ni nez ni bouche, lisse.

Clown maker 1984

  Certaines dégoulinades font penser à Dali, avant de voir le cartel qui explique le Réalisme artificiel, (interprétation des oeuvres anciennes) j’aurais qualifié cette salle de surréaliste. De nombreux tableaux jouent avec l’histoire de l’art. The portable Artist ci dessus figure le peintre comme un copiste du Louvre. 

The executioner (1984)

The executioner serait une réinterprétation de l’enfant bleu de Gainsborough.

Collages et Combinaisons s’inspire plus de Braque et Picasso. The Spanish Hat est un grand collage autour du chapeau de Picasso. 

The Spanish Hat

Black Rain est un hommage à Keith Haring dans le contexte de l’épidémie de SIDA avec des coulures noires

Black rain

Dans un couloir sont présentés les dessins de Condo. Si maladresses, graffitis et gribouillages suggèreraient  que l’artiste ne saurait pas dessiner, ce cabinet prouve la virtuosité du dessinateur aussi bien que lavis et aquarelles.

les salles suivantes montrent encore la diversité des inspirations, des techniques avec les Peintures de compression et les peintures dessinées

Compression figures féminines

Une autre approche : le monochrome.

Les Peintures noires font référence à Goya et leur aspect effrayant, aninsi qu’à la chapelle de Rothko. 

Peinture noire

Condo sait se renouveler et encore deux autres salles montrent des peintures plus colorées, plus récentes.

Je sors ébahie devant une telle abondance de styles, une telle érudition, l’Histoire de l’Art manipulée avec ironie et humour, la variété des sujets….Toutefois, je suis aussi perplexe. En dehors du jeu, apporte-t-il quelque chose de nouveau?

Les Alexandrines – Marjan Tornsic – traduit du Slovène – Agullo

LIRE POUR L’EGYPTE

Trouvé ce titre dans le blog de Patrice  Si on bouquinait

Alexandrie est une ville qui me fascine : légende familiale, mais aussi littéraire,  visitée à plusieurs reprises. Evidemment, Alexandrie des années 2000 a perdu son ambiance cosmopolite, la Corniche est une véritable autoroute terrifiante… L’Hôtel Cecil, précisément celui du Quatuor de Durrell, existe encore et  Ana une des protagonistes du roman de Marjan Tornsic y travaille. 

Les Alexandrines sont des jeunes femmes slovènes venues depuis le chantier du Canal de Suez jusqu’aux années 50 travailler comme nourrices, dames de compagnie, gouvernantes ou nurses dans des familles riches de commerçants, banquiers, diplomates, égyptiens, syriens, juifs, grecs, anglais …

Dans tout Alexandrie et Le Caire, et aussi ailleurs, les Slovènes étaient depuis longtemps extrêmement
recherchées et respectées. Elles avaient la réputation d’être travailleuses, honnêtes et fidèles.

A bord du vapeur reliant Trieste à Alexandrie, dans les années 30, trois jeunes femmes :Ana revient après une première expérience pour gagner assez pour racheter les dettes de la ferme familiale et peut être d’agrandir leurs terres? Merica qui vient d’accoucher sera nourrice, elle laisse son bébé et donnera son lait à Thomas, un petit anglais.  Vanda, 16 ans, très jolie mais naïve espère un emploi de dame de compagnie. Le couvent des Franciscaines Sainte Catherine leur servira de première étape et de lieu de ralliement. Elles y retrouvent d’autres slovènes et l’histoire des 3 héroïnes s’enrichit de toutes les expériences de ces Alexandrines. Certaines histoires ressemblent à un conte de fées, d’autres sont dramatiques. Princesse ou putain, destins contrastés. 

Elles allaient et venaient, comme les hirondelles, les grues et autres oiseaux. Ce qui leur remplissait le
coeur de joie, c’était le retour à la maison. Beaucoup d’entre elles n’avaient atteint leur but, et avec lui le
plus grand bonheur, que lorsqu’elles avaient trimé et gagné assez de funts pour pouvoir repartir la
conscience tranquille dans leur village, ne serait-ce que quelques semaines ou quelques mois. Rentrer
signifiait que leurs rêves s’étaient réalisés. Repartir en Égypte voulait dire que le monde sombrait de
nouveau dans la pénombre. C’est ce que pensaient ou ressentaient nombre de Slovènes, dont Merica. Ana
n’était pas de cet avis, c’est pourquoi elle la contredisait

Histoires d’exil. Nostalgie du village pour les Alexandrines en Egypte. Nostalgie de la vie facile quand elles retournent à la campagne aux travaux des champs. Double attachement aux enfants de sang et aux enfants de lait pour les nourrices. Eloignement du foyer, et du mari. Les tentations sont grandes. Qui y cèdera? qui restera fidèle?

C’est donc un livre très exotique dans un monde oriental parfois proche des MIlle et Unes Nuits. On y converse en Italien, en Français, Anglais, Arabe. parfums d’Orient. Khamsin et chaleur accablante. Fraîcheur de la mer et des jardins des palais. Dépaysement garanti, pour les Alexandrines et pour les lecteurs.

 

I Will Survive – Les chiens de Navarre à La Maison des Arts et de » la culture de Créteil

THEÂTRE

I will survive - Jean-Christophe Meurisse

Présentation sur le site de la MAC :

Deux procès en cours donc,
– Celui d’une femme qui a tué́ sauvagement son mari après avoir subi de sa part durant des années des violences physiques et sexuelles.
– Celui d’un humoriste célèbre, auteur d’une blague fort malheureuse sur les violences faites aux femmes durant l’une de ses chroniques quotidiennes sur une station de radio populaire.
Deux histoires qui se croisent indirectement. Deux affaires qui enflamment tout un pays.

Sur le dépliant de présentation il est précisé que la pièce s’inspire de jacqueline Sauvage dont le verdict fut de dix ans de prison, et des déboires d’un humoriste à la radio. Il s’git de « montrer frontalement la violence pour offrir une catharsis ». On ne s’attendait à rien de réjouissant. 

C’était mal connaître Jean-Christophe Meurisse et sa troupe des Chiens de Navarre. Nous avons  passé deux heures à rire à gorge déployée.

Décors inventifs : le bureau de la directrice de l’école primaire, un commissariat, un studio de Radio,  la cour d’appel. Et chaque fois des trouvailles!

Une excellente soirée et une dénonciation efficace des violences faites aux femmes

le livre des prodiges – Olivier Ciechelski – éditions du Rouergue

POLAR BANLIEUSARD

Trouvé sur le blog de Dasola

J’avais envie d’un polar d’une nouvelle série après des lectures difficiles.

Si on considère que Gennevilliers, son port, les bords de la Seine, L’Île Saint Denis, sont le sujet du livre, c’est tout à fait réussi et intéressant. J’aime explorer les coins reculés du Grand Paris, son histoire, ses mutations. J’aime bien les références géologiques des carrières, l’histoire maraîchère un peu ancienne maintenant, les tours et les quartiers du 9-3,  avec les chantiers des Jeux Olympiques, grues, darse de Haropa, le port Havre-Rouen- Paris qui exploite  également des darses à côté de chez moi à Bonneuil. 

En revanche, en ce qui concerne l’intrigue policière j’ai été déçue. Les personnages d’abord ne m’ont guère intéressée. Nora, brillante élève, reçue première de sa promotion est écartée de l’enquête. Est-ce à cause du machisme de ses collègues et de son chef, elle est reléguée à des patrouilles de routines et même placardisée quand elle se rebelle. Son personnage est peu crédible, naïveté adolescente dans sa foi catholique, puis casse-cou et redoutable batailleuse sur le terrain. Ses collègues sont tout aussi schématisés, des flics ripoux, vulgaires. peu de finesse.

L’irruption du fantastique et les invraisemblances m’ont rebutée. Je suis mauvaise cliente pour les maléfices.

Malgré ces bémols, ce polar se lit bien, on tourne les pages pour savoir comment cela va se terminer même si l’intrigue se dévoile assez tôt.

Le Jardinier et la Mort – Guéorgui Gospodinov – Gallimard

BULGARIE

sous la tonnelle du « jardin extraordinaire »

Le « jardinier » du titre avait suffi à me faire télécharger ce roman, d’autant plus qu’un Challenge Bulgarie  avait été initié par Claudialucia. Lors de notre voyage en Bulgarie j’avais été émerveillée par les jardins, jardins nourriciers, jardins de gens simples, pas des parcs paysagers dessinés par des pros. J’avais adoré notre séjour à Dragoevo dans ce jardin extraordinaire CLIC;

« Tant qu’il y a du travail dans le jardin, on se trouve dans une zone protégée, on profite d’une sorte d’
immortalité saisonnière. Il y a tant à faire en ce moment, comment mourir. Il faut mourir en hiver,
lorsque le travail s’arrête. »

J’avais zappé « La mort » du titre du livre. C’est en effet, un livre de deuil. Le narrateur (sans doute l’auteur) vient de perdre son père. Comme il est écrivain, il écrit un texte consolateur. Il relate la maladie et ses souffrances, l’accompagnement tout en douceur, « Rien d’effrayant » est le leitmotiv du père, puis la perte, le deuil, les jours et les mois qui vont suivre, »l’après ». 

Evocation de la figure du père dans la Bulgarie communiste. Humour des petites résistance au pouvoir comme le refus de participer à la parade du 9 septembre et la tradition familiale de griller des poivrons au passage de la dite parade (oh le parfum des poivrons grillés!) . Relation père-fils pleine de pudeur, de retenue, sans embrassades ni pleurs « Rien d’effrayant« . 

Le père était aussi un fameux raconteur d’histoires, quand le narrateur pense à son père il cite les histoires dont il régalait la famille. Drôles, légères amusantes, elles allègent la lecture

« Peut-être était-ce là la mission de mon père, me dis-je, sans qu’il s’en rende compte lui-même : pasteur d’
un petit troupeau d’histoires dont il s’occupait et qui le suivait partout. Ou tout simplement jardinier, là,
dans le jardin aux histoires et aux arbres généalogiques. »

Et toujours le rapport très fort à la nature, à la botanique, au cycle des saisons, à la délicatesse des roses, à la résurrection des bulbes des perce-neige, des tulipes après l’hiver…

« Jardinage et mort. Je crois que nous pouvons considérer le jardinage comme orienté par principe contre la mort. »

Ce livre charmant est une lecture tendre, sensible, touchante pas du tout plombante malgré le thème de la mort.

« Roman élégiaque, roman-mémoire ou roman-jardin. Peu lui importe, à la botanique de la mélancolie. »

Stella – Piergiorgio Pulixi – Gallmeister

LIRE POUR LA SARDAIGNE (POLAR)

Pour le plaisir de retourner à Cagliari, de retrouver Mara Rais et Eva Croce, les deux enquêtrices de choc, de boire des verres sur le front de mer, de m’amuser à l’irruption du dialecte, sarde mais aussi napolitain ou vénitien, et au choc des particularismes italiens. Pour m’évader dans une intrigue bien sanglante, bien compliquée avec rebondissements, surprises dont a le secret Piergiorgio Pulixi dans cette série Les Chansons du Mal dont c’est le tome 5 : j’avais aimé l’Ile des âmes , polar ethnologique, L’Illusion du mal surfant sur le pouvoir des médias. 

Sur une plage de Cagliari, on retrouve le cadavre affreusement mutilé d’une lycéenne. Stella est originaire d’un quartier très défavorisé où règne le narcotrafic et où l’omerta est la règle, surtout vis à vis de la police détestée. L’enquête s’avère ardue. Le duo d’enquêtrices a reçu du renfort, Clara, florentine, géante de 2 m, et l’expert en criminologie Strega, arrivé de Milan. Beaucoup de monde sur l’affaire d’autant plus que la Juge d’instruction a aussi fait appel à un commissaire de police napolitain. Les jurons en dialectes divers vont fuser! 

Le décor est planté, l’enquête peut commencer. A vous de vous laisser emporter. Attention, pavé de 576 pages.

Grand Paris Express – Ligne 15 Gare Saint Maur Créteil

TOURISTE DANS MA VILLE

Le chantier de la Gare Saint Maur Créteil

Il faudra encore patienter une bonne année avant que le Métro du Grand Paris Express, Ligne 15 sud ne soit mis en service. Comme on a retiré la palissade et les Algécos au coin de l’Université de Créteil, j’imaginais que l’ouverture de la ligne était imminente. Mais  non! La gare Saint Maur Créteil est encore en chantier. C’est la gare la plus profonde de France (55 m) et son creusement  a retardé d’une bonne année la mise en route.

La géologie explique ce chantier titanesque : en superficie on a implanté le RER A, en dessous, le sous-sol est d’abord très humide du fait de la proximité de la Marne et en dessous une épaisse couche d’argiles plastiques ne se prête pas au creusement d’un tunnel. Il a fallu creuser dans la craie . Creusement d’un puits vertical avec 9 niveaux horizontaux tandis que  le tunnelier forait horizontalement. J’imaginais un tunnel horizontal, il fait plutôt des montagnes russes! L’emplacement d’une gare à Saint Maur est nécessaire pour l’interconnexion avec le RER A en direction de Boissy-Saint-Léger,  une autre gare relie le RER A à Champs sur Marne, mais il s’agit de la branche qui va à Marne la Vallée.

Puits et escalier monumental : Sculpture de lumière

L’aménagement de la Gare a été attribuée par concours à l’architecte Cyril Frétout (ANIMA) . Les 68 gares du Grand Paris Express sont conçues en Tandem, un architecte et un artiste. Suzanne Fritscher. Le problème était de meubler le puits de 42 m de profondeur et d’y amener la lumière. Un escalier monumental se déroule « comme une pelure d’orange en spirale. Et pour meubler et sculpter la lumière des câbles fins blancs et transparents se déploient comme une nébuleuse lumineuse. En périphérie, une batterie de 11 ascenseurs (25 personnes) dessert la galerie. 

Dans le tunnel, pas d’affiches publicitaires géantes comme dans le métro parisien mais des décors imaginés par des plasticiens qui font allusion à l’environnement en surface. 

 Un dernier mot laissé à l’architecte (trouvé sur le site du Grand Paris Express)

je voulais vivre – Adélaïde de Clermont Tonnerre – Grasset

Milady n’est pas une femme qui pleure…Elle est de celles qui se vengent

Evelyn de Morgan – La potion d’amour. La sorcière, une autre femme puissante

Les Trois Mousquetaires se distingue. Dans cette épopée fraternelle courent une énergie et une candeur
viriles jamais égalées. Elle a été adaptée, analysée, réinventée des dizaines de fois. Rarement une oeuvre
aura connu une telle longévité ni une telle fécondité. Après tant de reprises littéraires réussies et ratées,
tant de feuilletons, de parodies et de navets, tant de dessins animés, de bandes dessinées, pourquoi y
revenir ?
[…]
Autres temps, autres mœurs. Je ne révise pas. Je n’accuse pas non plus. Je me glisse dans les blancs de ton texte, dans les angles morts, et j’invite ceux qui, comme moi, sont épris de justice à ouvrir les yeux et les
oreilles.

Récemment, les chefs d’œuvres de la littérature classique, ont inspiré les auteurs contemporains pour des succès primés. J’ai lu successivement On m’appelle Demon Copperfield de Barbara Kingsolver, d’après David Copperfield de Dickens, James de Percival Everett, à la suite de Huckleberry Finn. Et, à la suite, l’Essai de Laure Murat, Toutes les époques sont dégueulasses qui se penche sur les phénomènes de récriture et de réécriture. La récriture étant une « correction » politiquement correcte afin de gommer des éléments choquant le public contemporain (racisme, sexisme et autres. La Réécriture étant la production d’un ouvrage original en s’inspirant d’un livre ancien. 

Je voulais vivre emprunte ses personnages aux Trois Mousquetaires, les replace dans les situations du roman de Dumas mais raconte l’histoire du point de vue de Milady qui devient le personnage principal. Une histoire de cape et d’épée racontée par une femme. James est construit sur le même principe, le personnage principal est un esclave dans l’Amérique encore esclavagiste. On dit souvent que l’Histoire est racontée par les vainqueurs, la littérature contemporaine tente de redonner la parole aux opprimés. 

Anne de Breuil, Comtesse de la Fère, Milady de Winter, Charlotte Backson, sous toutes ses identités est jugée à Armentières et exécutée par un tribunal improvisé d’hommes sûrs de leur bon droit. Meurtrière, empoisonneuse, bigame, séductrice, manipulatrice, elle mérite la peine capitale et sera exécutée. Je ne spoile guère, nous connaissons tous ce jugement. 

Je voulais vivre raconte l’histoire de la petite orpheline qui fuit les meurtriers de sa mère, qu’on va enfermer dans un couvent et qui ne s’évadera de ses persécutrices qu’en suivant un prêtre….Quand a-t-elle perdu sa pureté, ce qui fait la valeur d’une jeune fille? Avec la perte de sa virginité ou avec la flétrissure que lui inflige le bourreau? J’ai lu les 3 Mousquetaires à 12 ans et je n’avais rien compris de cette fleur de lys imprimée sur son épaule. 

Très belle, Milady, mais surtout intelligente, instruite, excellente cavalière sachant aussi manier l’épée et la dague. Une telle femme pouvait-elle exister en liberté dans le monde des Mousquetaires? On aurait pu l’accuser de sorcellerie, on la fait criminelle.

C’est donc un roman moderne, féministe qui a du souffle comme les Trois Mousquetaires dont il s’inspire. Plaisir de lecture. Un prix Renaudot tout à fait mérité!

Les Passages couverts du Sentier

TOURISTE DANS MA VILLE

les caryatides à l’entrée du Passage de Bourg l’Abbé

C’est une visite guidée par Monsieur Bac trouvée sur le site Explore Paris. Bien que parisienne de naissance, j’ai parfois besoin qu’on me fasse découvrir des endroits un peu secrets que je n’ai pas exploré seule.

J’étais passée la semaine passée par le Passage Brady en allant à la Galerie Martel Art Spiegelman et Joe Sacco signaient leur BD Never Again!..And Again… (jusqu’au 10 janvier 2026) et cela m’avait donné envie d’en savoir plus sur ce quartier très vivant, cosmopolite et dépaysant. 

Théâtre Antoine boulevard de Strasbourg

La promenade commence au  métro Réaumur Sébastopol pour s’achever une station de métro plus loin à Strasbourg-Saint Denis dans un périmètre très restreint limité au sud par le métro Sentier et la Place du Caire. 

passage de Bourg l’Abbé

Nous découvrons les passages couverts. Ces passages furent aménagés à la fin du XVIIIème siècle : 1785 pour le Passage du Prado, 1798 passage du Caire,  et dans les années 1830 . Ils permettaient aux Parisiens de faire leurs achats dans des boutiques fermées sans se salir dans la boue des rues, raccourci entre les artères passantes et lieux de promenade agréable. Ces passages furent amputés par les travaux d’Haussmann et le percement du boulevard de Sébastopol (1854) puis concurrencés par l’essor des Grands Magasins. 

Nous entrons dans le Passage de Bourg l’Abbé sous le porche dessiné par Blondel avec ses deux cariatidesa, allégories du Commerce, et de  l’Industrie pour découvrir des boutiques sous une verrière très haute. Ce lundi 29 Décembre n’est pas très propice au shopping, nombreuses enseignes sont fermées. Ce passage est privé, l’accès n’est autorisé qu’en semaine et aux heures ouvrables. Aux étages supérieurs des résidents disposent d’une clé. 

L’entrée du Passage du Grand Cerf est moins spectaculaire. Reliant le 145 de la rue Saint Denis au 10 de la rue Dussoubs, il doit son nom à l’ancienne « Maison de roulage » du même nom, terminus des diligences. Des merceries et boutiques de laine sont encore très actives

lilweasel, boutique de laine et mercerie

ainsi que des brocantes  et boutiques d’articles religieux ou décoratifs

Et encore plus pittoresque cet opticien vintage « Pour vos beaux yeux »

Pour vos beaux yeux lunettes vintage

la place Goldoni en l’honneur du dramaturge qui a vécu 21 rue Dussoubs et qui y mourut « pauvre » comme le rappelle une plaque de marbre commémorative. Non loin, la petite Rue Marie Stuart rappelle le passage de l’éphémère reine de France, petite rue mal famée à l’époque, Rue Tire-boudin ou Tire-vit comme on n’avait pas osé le prononcer devant la reine. 

Notre conférencier  pianote sur un digicode pour nous faire découvrir un très élégant hôtel particulier caché aux yeux des passants. Il appartenait au gouverneur de la Bastille, de Launay. Des merveilles sont ainsi invisibles et secrètes. Un guide est bien nécessaire.

vitrine du Café Royal à l’entrée du passage de Bourg l’Abbé

Des constructions récentes ont été bâties à la place de l’ancienne Cour des Miracles souvenir littéraire dont il ne reste plus rien. Rue Réaumur, près du métro Sentier, Monsieur Bac nous parle de l’ancien quartier de la Presse et nous montre le siège de l‘Indépendant, évoque Paris-Soir, puis France-Soir, Pierre Lazareff….temps révolu, il ne reste plus d’imprimerie de Presse maintenant. Heureusement qu’une visite guidée peut me rafraîchir la mémoire. Nous sommes dans le Quartier du Sentier, quartier du textile et de la passementerie et arrivons Place du Caire

passage du Caire

Le Passage du Caire a été construit après l’expédition de Bonaparte. Sur la façade des figures d’Hathor sont surmontées d’une frise ressemblant aux bas relief de RamsèsII et au sommet de l’immeuble des hiéroglyphes fantaisistes intègrent une caricature du profil d’un professeur des Beaux Arts.

Verrière Passage du caire

Le Passage du Caire a été construit dans l’esprit d’un bazar oriental sur un plan en Y avec 3 différentes allées rejoignant la rue du Caire, et la Rue Saint Denis. Les boutiques ne sont guère jolies, ce sont plutôt des entrepôts et des ateliers de textiles. L’endroit ne respire pas la prospérité. Discrétion des grossistes ou crise du textile?

Encore un  passage : Le passage du Ponceau et la découverte d’un autre hôtel particulier ravissant.

Nous passons Rue Blondel, puis Rue Saint Denis très animée depuis des temps très anciens : voie qu’empruntaient les rois de France pour aller à la Basilique Saint Denis. L’arc de Triomphe est élevé en l’honneur des campagnes militaires de Louis XIV et de la victoire sur la Hollande, érigé en 1673 par Blondel. Nous traversons ensuite le Boulevard Bonne Nouvelle pour un dépaysement certain : nous sommes en Turquie! Cette petite Turquie est très animée avec des commerces de bouche et de nombreux restaurants.

passage du Prado

Art déco ou indien, le décor métallique qui soutient la verrière du Passage du Prado ? nous continuons le voyage en Orient, Pakistan ou Afghanistan, des officines de traducteurs sont décorées de l’ancien drapeau afghan. Barbiers à prix dérisoires, commerces exotiques. 

passage Brady

Passage Brady, ,nous sommes en Inde avec des restaurants très appétissants, des épiceries exotiques et des coiffeurs. Perruques, extensions, teintures…Un peu plus loin, après le Château d’Eau nous arriverions au Château Rouge, concentration de coiffeurs africains….mais nous ne ferons pas le voyage ce jour. 

Bouillon Julien

Dernière découverte : le Bouillon Juliennombreuses tables dans un décor Art Nouveau  (ouvert en 1906)verrière à motifs végétaux, mosaïque de Trezel sur des motifs de Mucha, stucs et un comptoir en bois précieux de Cuba. Les prix sont tout à fait raisonnables et j’ai prix la carte pour réserver à la prochaine occasion. 

Pekka Halonen : un hymne à la Finlande – au Petit Palais

Exposition temporaire jusqu’au 22 février 2026

1911 Rochers couverts de glace et de neige

Très belle exposition du peintre finlandais Pekka Halonen (1865-1933) qui nous fait découvrir la nature de son pays en plus d’une centaine de tableaux. Au tournant du XIXème siècle et du XXème, Paris a aussi attiré Edelfelt CLIC à qui le Petit Palais avait consacré une belle exposition et Gallen-Kallela CLIC Exposition à jacquemart-André

L’exposition Pekka Halonen rappelle le contexte de l’indépendance compliquée de la Finlande, Grand-Duché sous la tutelle de la Russie, dotée d’un parlement mais dont l’indépendance ne fut proclamée qu’en 1917. peintres et musiciens étaient inspirés par l’élan nationaliste. Pekka Halonen est représenté jouant de l’instrument de musique typiquement finnois : le Kantele et avec Sibelius

1891 Eero Jarnefelt : Pekka halonen jouant du kantele

A l’Exposition Universelle de Paris 1900 la Finlande avait un pavillon qui est reproduit dans l’exposition  où Pekka Halonen exposa avec d’autres peintres finnois. 

1900 – La lessive sur la glace Pekka Halonen

Venu à Paris en 1890 il fut formé par Jules Bastien-Lepage , peintre naturaliste à la suite de Jean-François Millet mais en 1893, il devient l’élève de Gauguin. Il peint les hommes de son pays au travail, bûcherons, ou pêcheurs 

Homme goudronnant sa barque

Mais son inspiration principale est la nature : lacs, nuages et surtout la neige.

1907 Fin d’hiver au lac Tuusula

Sa maison-atelier Halasenniemi à Tuusula qu’on découvre sur le tableau est reproduite dans une grande salle de l’exposition : large baie vitrée donnant sur le lac et chaudes boiseries à l’intérieur. Dans cette salle, on voit la vie se dérouler de-dans comme dehors, les saisons passer avec les couleurs vives succédant aux blancs bleutés de la neige et de la glace

La lessive qui sèche

Couleurs vives de l’automne aussi. Reflets sur l’eau, sur la glace qui fond pendant la débâcle

la Débâcle

Bouleaux et pins de la forêt

1916 Grand pin Kotavuori

mais l’éblouissement, l’émerveillement se trouve dans la dernière salle où la neige est peinte sur tous ses aspects. On pourrait y rester longtemps en contemplation.

Bouleau japonisant

j’aurais aimé tous les photographier : les pins, les rochers, les bouleaux,

 

Surtout dans cette grande exposition gardez du temps pour rester longtemps dans cette salle!